À Lisbonne, une
conférence citoyenne ravive l’idée de paix en Europe
Jean-Christophe Emmenegger
Face
à l’escalade des tensions autour de la guerre en Ukraine, des citoyens
européens se sont réunis pour élaborer des pistes de paix hors des circuits
officiels. Chercheurs, militaires, diplomates, journalistes et artistes ont
débattu d’une sortie de crise, dénonçant l’univocité des récits dominants et
les dérives de la guerre cognitive. Une première étape d’un effort citoyen qui
espère remettre la raison au cœur du débat.
A Lisbonne, le 22 novembre 2025, a eu lieu la première Conférence européenne et citoyenne pour la paix en Ukraine, en Russie et en Europe. Organisée à l’initiative d’un comité portugais, elle avait pour but «de présenter, débattre et évaluer des mesures et propositions pour instaurer une paix durable en Ukraine, en Russie et en Europe» face à «l’escalade des tensions mondiales», selon le communiqué de presse diffusé à cette occasion.
Disons-le tout de suite, l’auteur de ces lignes était
signataire de l’Appel
en faveur de cette conférence. Paraphé par 62 personnes issues
de diverses nationalités et domaines professionnels — universitaires,
politologues, officiers militaires, conseillers en stratégie internationale,
diplomates, médecins, journalistes, linguistes, auteurs, chercheurs, historiens
et artistes — cet appel a donné lieu à l’organisation de cette conférence «par des citoyens, pour les citoyens ». Parmi ces
derniers et ces dernières figuraient plusieurs «
militaires d’avril», c’est-à-dire des membres des forces armées
portugaises qui avaient pris part au renversement du régime
salazariste-fasciste le 25 avril 1974.
Le comité organisateur, qui s’est facétieusement [*] dénommé Les Quatre Mousquetaires pour la Paix, était composé (par ordre alphabétique) de Luís Alfaro Cardoso, chercheur et professeur universitaire retraité, vétérinaire ; Raul Luís Cunha, général retraité de l’armée portugaise, historien; José Aranda da Silva, colonel retraité de l’armée portugaise, pharmacien; José Catarino Soares, chercheur et professeur retraité d’enseignement supérieur polytechnique, linguiste.
| Les Quatre Mousquetaires pour la Paix. De gauche à droite: José Aranda da Silva, José Catarino Soares, Raul Luís Cunha, Luís Alfaro Cardoso |
Une
conférence dès lors bien différente de celles, politiques et de « haut niveau», qui se succèdent — pour le moment sans
résultat probant — depuis l’échec des négociations de mars-avril 2022 à
Istanbul. Cette initiative citoyenne partait du constat que les relations
internationales se détériorent, que les dirigeants politiques ne semblent pas
pouvoir — ou vouloir — calmer le jeu, versant au contraire toujours plus
d’huile sur le feu, et que cette spirale de bellicisme irrationnel pourrait, en
dernier lieu, nous mener à la catastrophe nucléaire. Cette initiative s’inscrit
donc dans la continuité des tentatives de contre-discours pacifistes durant la
montée en puissance des extrémismes, à la veille de la Seconde Guerre mondiale,
mais aussi durant les années de tension extrême de la guerre froide, après
1945. Une des colombes de la paix de Picasso ornait d’ailleurs le logo de la
conférence de Lisbonne.
L’auteur
de ces lignes peut en témoigner: il a non seulement assisté mais également
participé en tant qu’orateur à cette conférence. Cela ne l’empêchera pas, il
l’espère, d’en rendre compte le plus objectivement possible et d’en dévoiler
les tenants et aboutissants, importants pour l’avenir de l’Europe et même du
Monde.
Exposés calmement engagés
Parmi les intervenants prévus figuraient des spécialistes du Portugal, ainsi que des invités originaires d’Allemagne, de France, de Suède, de Belgique, du Royaume-Uni, de Norvège, de Suisse et d’Irlande réunis dans l’auditorium du Centre Culturel de Carnide, dans le quartier populaire Bairro Padre Cruz, dont le lieu avait été gardé confidentiel jusqu’au dernier moment, par mesure de précaution. […]
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L’espoir d’une suite
Il est certainement difficile, pour des gens se rencontrant, pour la plupart, pour la première fois, et provenant d’horizons différents, de faire démarche commune en dépassant leurs initiatives individuelles. Nous avons communié, l’espace d’une journée, dans nos bonnes intentions partagées. Nous avons échangé entre nous et avec le public quelques réflexions qui nous mettent au diapason. Rien que cela produit de nouvelles pensées et favorise de nouvelles alliances.
Dans son discours de clôture, Raul Luís Cunha, au nom des signataires de l’Appel à la paix, affirmait la nécessité de procéder à une réévaluation réelle et concrète des réalités afin de sortir de la crise actuelle.
Le comité organisateur de cette conférence assumera donc la responsabilité de rédiger une déclaration officielle, qui sera intitulée Déclaration de la Conférence européenne et citoyenne pour la paix en Ukraine, en Russie et en Europe. Cette déclaration décrira de manière exhaustive les mesures initialement spécifiées dans le document fondateur de la Conférence. L’accent sera mis sur les actions qui ont été identifiées comme étant les plus prioritaires et urgentes. La déclaration sera enrichie par les contributions apportées par les participantes et participants, garantissant ainsi que la diversité des points de vue et suggestions soient pris en compte.
Et après?
«Nous pensons que les travaux de cette conférence doivent se poursuivre au-delà de cette session. Si le déroulement des événements liés au conflit ne débouche pas sur l'accord de paix tant espéré, qui commence à se profiler, nous nous engageons, dès à présent, à convoquer une deuxième conférence à Lisbonne, au même endroit.»
L'objectif de cette éventuelle conférence sera d’analyser les progrès accomplis vers la paix au cours de la période écoulée, afin de maintenir l’élan et d'encourager un dialogue continu.
«Nous voulons croire que la
lucidité reviendra, que la raison l'emportera et qu’une réelle volonté de
concrétiser un projet de paix durable apparaîtra, avant que l’escalade des
incohérences, des contradictions et des mesures bellicistes, alimentée par des
ambitions politiques démesurées, ne finisse par nous entraîner tous dans
l’abîme», a conclu Raul Luís Cunha.
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[*] Note
éditoriale. En tant que personne ayant proposé ce pseudonyme collectif à mes
compagnons, je peux garantir que l'intention n'était en aucun cas facétieuse,
mais romantique, au sens strictement littéraire du terme. Le roman d’Alexandre
Dumas, auquel ce pseudonyme littéraire fait allusion, est un exemple classique
du romantisme en tant que courant littéraire du XIXe siècle et, simultanément,
de quatre de ses sous-genres : le roman historique, le roman d’aventures, le
roman de cape et d'épée et le roman-feuilleton. Des Quatre Mousquetaires créés
par l'imagination littéraire de Dumas et dont les aventures couronnées de
succès ont peuplé notre rêverie d'adolescence, nous retenons la disposition à
se battre pour une bonne cause et un code fort de loyauté et de solidarité,
bien exprimé dans la devise: « Tous pour un ;
un pour tous (pour la paix)». J.C.S.


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