Déclaration
de
la
Conférence
Européenne et Citoyenne pour la Paix en Ukraine, en Russie et en Europe
La Conférence européenne et citoyenne pour la paix en
Ukraine, en Russie et en Europe s’est tenue le 22 novembre 2025 à
Lisbonne.
Dans son discours de clôture, prononcé
par le général de division Raul Luís Cunha, le comité d’organisation de la
conférence, connu officieusement sous le nom des « Quatre Mousquetaires pour la Paix »,
a pris la responsabilité de rédiger une déclaration officielle intitulée
Déclaration de la Conférence européenne et citoyenne pour la paix en Ukraine,
en Russie et en Europe.
Cette déclaration a un double
objectif. D’une part, elle décrit de manière exhaustive les mesures
initialement spécifiées dans le document fondateur de la conférence, en mettant
l’accent sur les actions qui ont été identifiées comme étant les plus prioritaires
et les plus urgentes dans ce document fondateur. D’autre part, elle est
enrichie par les diverses contributions apportées par les participants avant,
pendant et après la conférence, garantissant ainsi que les perspectives et
suggestions partagées sont dûment prises en compte.
C’est cette déclaration, qui a eu le
temps de mûrir [22 décembre 2025-27 janvier 2026], qui est désormais publiée.
Lisbonne, 31 janvier 2026
……………………………………………………………………………
Le plan
belliciste des États-Unis, de l’Union Européenne et du Royaume-Uni
« Il faut étouffer la Russie économiquement, l’isoler
diplomatiquement et l’affaiblir militairement par l’intermédiaire de l’Ukraine,
afin d’alimenter en son sein des forces qui conduiront à son démembrement en
une myriade de petits États impuissants ou défaillants ».
Tel
est le résumé du plan belliciste qui a justifié, au cours des quatre dernières
années, une guerre prolongée en Ukraine et en Russie (cf. les rapports de la Rand
Corporation, Extending Russia et Overextending and Unbalancing Russia, tous deux
publiés en 2019) — une guerre qui semble toucher désormais à sa fin.
Nous
parlons d’une guerre qui aurait pu être évitée
― si
les États-Unis n’avaient pas instigué et soutenu le coup d’État sanglant qui,
le 22 février 2014, a renversé, sans aucun fondement constitutionnel, le
président librement élu de l’Ukraine, Viktor Ianukovytch ;
― si
l’Allemagne, la France et la Pologne n’avaient pas immédiatement reconnu (tout
comme la chef de la diplomatie de l’Union Européenne, la baronne Catherine
Ashton de Upholland) le gouvernement illégal issu de ce coup d’État, reniant
même les compromis fallacieux (mais déjà très favorables aux putschistes) que
leurs ministres des Affaires Étrangères avaient négociés et attestés les jours
précédents pour éviter de nouvelles effusions de sang ;
― si
l’Ukraine, la France et l’Allemagne avaient respecté les accords de Minsk
(2014, 2015) conclus entre l’Ukraine et les Républiques Populaires de Donetsk
(RPD) et de Lougansk (RPL), qui avaient été négociés et garantis par la France
et l’Allemagne (pour l’Ukraine) et par la Russie (pour la RPD et la RPL), au
lieu de les saboter sciemment et systématiquement, alimentant ainsi une guerre
fratricide dans le Donbass qui a fait plus de 14 000 morts en 8 ans (2014-2022)
;
— si
l’OTAN et les États-Unis avaient accepté de discuter des propositions d'accord
et de traité que la Russie leur a présentées, respectivement, le 17 décembre
2021, en vue (i) d’arrêter l’élargissement perfide de l’OTAN vers les
frontières russes, (ii) empêcher l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN (ce
que Zelensky, dont le pays est désormais exsangue et semi-détruit, se dit
désormais prêt à accepter) et (iii) garantir la sécurité mutuelle de la
Russie et des États membres de l’OTAN.
Nous parlons d’une guerre qui aurait pu être arrêtée et qui aurait pu déboucher sur une solution pacifique et très favorable à l’Ukraine à trois reprises au moins :
— le
28 février 2022, lors des négociations qui ont eu lieu à Gomel, en
Biélorussie, entre les délégations des deux pays belligérants ;
— du
5 au 20 mars 2022, lors des négociations entre les deux pays, sous la
médiation de Naftali Bennett, Premier ministre d'Israël ;
— du
29 mars au 5 avril 2022, à Istanbul, lors des négociations entre les
délégations des deux pays, mais qui s’est toujours poursuivie, à toutes ces
occasions, sous la pression et avec l’encouragement des États-Unis, du
Royaume-Uni et de l’UE, causant plusieurs centaines de milliers de morts, de
blessés et d’invalides parmi les militaires impliqués et maintenant la
population de toute l’Europe en suspens, otage de ses résultats macabres — y
compris le risque élevé, qui a toujours été présent, d’une escalade vers un
niveau de létalité maximale qui nous entraînerait tous vers un holocauste
nucléaire.
Une bonne
nouvelle
La
bonne nouvelle, c’est que ce plan belliciste et les discours apologétiques
qu’il a alimentés s’effondrent aujourd’hui, incapables de résister à la réalité
de leur défaite stratégique sur tous les fronts : militaire, économique et
politique.
Le
coup de grâce lui a été porté en public, aux yeux du monde entier, le 4
décembre 2025, lorsque la nouvelle Stratégie de Sécurité Nationale des États-Unis
(SSN, en
abrégé) a été rendue publique.
Les États-Unis
battent en retraite
Dans ce document de 29 pages, les États-Unis, principal moteur de la guerre en Ukraine pendant le mandat de Joe Biden, placent désormais la restauration de relations normales avec la Russie et la fin rapide du conflit ukrainien au centre de leur nouvelle stratégie.
« Il est dans l’intérêt fondamental des États-Unis de négocier
une fin immédiate des hostilités en Ukraine », indique le document, « afin de stabiliser les économies européennes, d'empêcher
une escalade ou une extension involontaire du conflit et de rétablir la
stabilité stratégique avec la Russie ».
Il
indique que les États-Unis sont prêts à un «
engagement diplomatique significatif » pour « aider
l'Europe à corriger sa trajectoire actuelle », « rétablir la stabilité sur le continent européen et réduire le risque de
conflit entre la Russie et les États européens ».
Le
document annonce également la fin de l’expansion de l’OTAN, une revendication
que la Russie a formulée à maintes reprises au cours des 26 dernières années,
la qualifiant de cause fondamentale (‘root cause’)
du conflit ukrainien, que la Russie considère, de manière réaliste, comme une
guerre par procuration contre la Russie menée par l’‘Occident
élargi’ sous la tutelle et la direction des États-Unis.
Le
document critique les dirigeants et les gouvernements européens pour leurs « attentes irréalistes » quant à l’issue de la guerre
(qu’ils continuent d’affirmer, contre toute évidence, que l’Ukraine pourrait
gagner), arguant qu’ « une grande majorité des
Européens veulent la paix, mais que ce souhait ne se traduit pas dans les
politiques publiques, en grande partie à cause à la subversion des processus
démocratiques par ces gouvernements ».
Les États-Unis
reconnaissent leur déclin en tant que superpuissance
Globalement, cette nouvelle stratégie américaine marque un tournant. Elle renonce au type d’interventionnisme mondial ⎼ ou, du moins, le limite ⎼ qui a caractérisé la politique étrangère des États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, jusqu’à la fin du mandat du président Joe Biden, optant pour une politique étrangère américaine plus transactionnelle et plus sélective sur le plan géopolitique afin d’assurer son hégémonie dans l’hémisphère occidental (qui comprend l’Amérique du Nord, l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud, de vastes parties de l’océan Pacifique, et de l’océan Atlantique, ainsi que certaines parties de l’Europe et de l’Afrique) et d’empêcher que les États-Unis ne soient dépassés par la Chine à l’échelle mondiale.
En
dehors de ce vaste périmètre, les États-Unis, selon le document SSN,
ne doivent intervenir à l’étranger que lorsque leurs «
intérêts nationaux, fondamentaux et vitaux », sont
directement en jeu.
Mais
le point essentiel est le suivant. En rechapant la doctrine Monroe dans un
sens explicitement et ouvertement impérialiste de domination sur l’hémisphère
occidental, qu’ils ont érigée en priorité absolue (et dont l’intention déclarée
d’annexer le Groenland a été la première annonce et le blocus économique du
Venezuela, suivi de l’attaque armée et de l’enlèvement de son président, en
sont la première confirmation), les États-Unis reconnaissent tacitement,
pour la première fois, qu’ils ne sont plus la puissance hégémonique à l’échelle
mondiale et que l’époque où ils agissaient en tant que gendarmes suprêmes de la
planète et s’arrogeaient le droit de commettre, en toute impunité, toutes
sortes d’abus et d’irrégularités au nom de (leur) “liberté”
et de (leur) “sécurité”, appartient
définitivement au passé.
En
même temps, les États-Unis continuent de nourrir, pour leur consommation
interne et celle de leurs alliés/vassaux en Europe, en Asie et en Océanie, la
douce illusion qu’ils resteront « le pays le plus
fort, le plus riche, le plus puissant et le plus prospère du monde au cours des
prochaines décennies ». Mais la réalité va dans une autre direction. « Le temps où les États-Unis soutenaient tout l’ordre mondial,
comme Atlas soutenait le monde, est révolu », peut-on lire dans le
document.
Nous
savons tous ce que cela signifie : l’ascension de la Chine au rang de
première puissance économique mondiale (19,4 % du PIB mondial en parité de
pouvoir d’achat (PPA), contre 14,52 % pour les États-Unis) et la
renaissance économique de la Russie (quatrième économie mondiale en PPA, après
la Chine, les États-Unis et l’Inde), ainsi que l’influence croissante de ces
deux pays sur la scène internationale (BRICS+). La SSN reconnaît d’ailleurs
que « la région indo-pacifique représente déjà
près de la moitié du PIB mondial en PPA /…/ Cette part augmentera certainement tout au long du
XXIe siècle ».
La pensée
géopolitique de Donald Trump
Sous
la présidence de Trump, les États-Unis ne peuvent plus dissimuler, et ces
derniers temps (Iran, Venezuela), ne se sont même plus donné la peine de
camoufler, leur mépris du droit international.
L’exemple
le plus récent concerne le détournement d’une résolution du Conseil de sécurité
de l’ONU (la résolution 2803, adoptée par le Conseil de sécurité le 17 novembre
2025) dont l’objectif déclaré était de structurer une forme d’armistice durable
à Gaza après le génocide. Trump s’en est servi pour créer sa propre
organisation internationale extraterritoriale, le soi-disant ‘Conseil de la paix’, une parodie de l’ONU dont il
s’est autoproclamé président à vie, avec tous les pouvoirs de décision, et avec
laquelle il compte bien mener ses affaires à travers le monde, en les
présentant comme des initiatives de consolidation et de maintien de la paix.
Un
autre exemple récent est le discours prononcé à Davos (Suisse), au cours duquel
Trump a informé un auditoire stupéfait que les États-Unis allaient s’emparer
d’un « grand et magnifique morceau de glace »
[le Groenland] qui ne leur appartient pas, en échange des services rendus au
Danemark et à d’autres pays de l’UE par le biais de l’OTAN, dont ils étaient et
sont encore les principaux bailleurs de fonds.
« Tout ce que nous voulons du Danemark, pour des raisons de sécurité nationale et internationale, et pour tenir à distance nos ennemis potentiels, très énergiques et dangereux, c’est ce territoire où nous construirons le plus grand dôme doré [bouclier antimissile] de tous les temps ». « Et tout ce que nous demandons, c’est le Groenland, y compris le droit, le titre de propriété et la pleine propriété, car nous avons besoin de cette propriété pour le défendre ; on ne peut pas le défendre sur la base d’un contrat de location».
« Nous avons besoin du Groenland pour des raisons de sécurité
stratégique nationale et de sécurité internationale », a ajouté Trump,
car cette immense île « fait partie intégrante de
l’Amérique du Nord, à la frontière nord de l’hémisphère occidental. C’est notre
territoire. Il constitue donc un intérêt fondamental de sécurité nationale pour
les États-Unis d’Amérique, et notre politique, depuis des siècles, est
d’empêcher les menaces extérieures de pénétrer
dans notre hémisphère, ce que nous avons fait avec succès. Nous n’avons jamais
été aussi forts qu’aujourd’hui. /…/ Seuls les États-Unis peuvent protéger cette immense masse
terrestre, ce gigantesque morceau de glace, la développer et la valoriser, pour
qu’elle soit bénéfique à l’Europe, sûre pour l’Europe et bénéfique pour nous.
»
Même
dans le cas de la Russie, qu’ils respectent comme une puissance nucléaire
supérieure et avec laquelle ils tentent désormais d’établir un modus vivendi, les États-Unis ne manquent aucune
occasion de lancer des attaques visant à l’affaiblir économiquement et
politiquement. L’abus de force et l’impudence ont été, et resteront, une
constante de la politique étrangère américaine, et les exemples ne manquent
pas, y compris dans le conflit russo-ukrainien.
Le 6 juin 2025, l’Ukraine a mené des attaques contre des infrastructures liées à la triade nucléaire russe, notamment dans le cadre de l’Opération Toile d’Araignée, ciblant des bases aériennes et des systèmes d’alerte précoce. Ces attaques n’auraient jamais pu être menées sans le soutien américain.
Le 22
octobre 2025, le président Trump a imposé de lourdes sanctions directes aux
deux plus grandes compagnies pétrolières russes, Rosneft et Lukoi, ainsi qu’à
34 de leurs filiales.
C’est
également à partir d’octobre 2025 que l’administration Trump a autorisé
l’intensification de la fourniture de renseignements militaires destinés à
aider l’Ukraine à attaquer la Russie. Cette assistance comprend : (A)
des données spécifiques (telles que les coordonnées et les calculs de
trajectoire pour les armes de précision) sur les cibles d’attaques en Russie,
visant en particulier les infrastructures énergétiques critiques comme les
raffineries de pétrole, les oléoducs et les centrales électriques ; (B)
des images radar satellitaires à haute résolution, provenant de satellites
militaires et commerciaux, essentielles pour surveiller les mouvements par
mauvais temps ou de nuit ; (C) l’interception des communications
militaires russes et des signatures électroniques, permettant à l’Ukraine de
suivre les mouvements de forces, de perturber les opérations clandestines et de
contrer les tirs de missiles ; (D) des systèmes de connaissance de
la situation en temps réel et des alertes précoces concernant les lancements
russes de missiles balistiques, de missiles de croisière et de drones ; (E)
données techniques sur la cyberguerre russe pour aider l’Ukraine à défendre ses
réseaux et infrastructures critiques.
Le 18
décembre 2025, le président Trump a signé la loi d’autorisation de la
défense nationale (NDAA) pour 2026, qui alloue 400 millions de dollars par an
d’aide militaire à l’Ukraine pour 2026 et 2027 par le biais de l’Initiative
d’assistance à la sécurité de l’Ukraine (USAI).
Les 28
et 29 décembre 2025, une attaque menée par 91 drones a visé des
cibles situées dans la région de Novgorod (Russie).
Le 1er
janvier 2026, l’amiral Igor Kostyukov, chef du Renseignement Militaire
Russe (GRU) [à gauche dans la photo], a remis des preuves matérielles et
numériques de l’attaque de Novgorod à l’attaché militaire de l’ambassade des
États-Unis à Moscou [à droite dans la photo].
Parmi ces preuves
figuraient le contrôleur de vol (unité de navigation) d’un drone abattu
et des données de vol décodées d'un ‘fichier de
mission’ censément retrouvé dans sa mémoire. Kostyukov a déclaré que les
données décodées confirmaient « « sans équivoque »
que la cible finale de l’attaque du 29 décembre 2025 était la résidence
présidentielle de Vladimir Poutine à Valdaï (!), dans la région de Novgorod. La
CIA a immédiatement nié toute attaque contre la résidence officielle de
Poutine, et Trump, après un moment d’hésitation durant lequel il s’est dit « très en colère » face à la situation, a fait
volte-face et a fini par approuver et couvrir la CIA.
Le dernier exploit militaire de l’administration Trump contre la Russie
remonte au 8 janvier 2026. Il s’agit de la capture illicite d’un
pétrolier battant pavillon russe entre l’Islande et le Royaume-Uni. Deux
détails révélateurs : 1) ledit pétrolier transportait des
réservoirs vides vers le Venezuela où, vraisemblablement, il devait les
remplir ; 2) Le pétrolier a été arraisonné par la Garde Côtière des États-Unis (!) qui, à ce moment-là,
opéraient à environ 5 500 km des côtes américaines (!!) et qu’ils étaient
censés ‘protéger’…
Et tout cela se déroule, notez-le, pendant que Trump rencontre Poutine en
Alaska avec tout le faste et les cérémonies qui vont avec, entretient des
négociations permanentes avec la Russie par le biais d’‘envoyés spéciaux’ pour mettre fin à la guerre en Ukraine et en
Russie, accuse tantôt Poutine, tantôt Zelensky d’être un obstacle à la paix, et
ne cesse de répéter qu’il regrette le carnage causé par cette guerre dans les
rangs ukrainiens et russes !
Les explications psychologiques et psychiatriques avancées par de nombreux
analystes pour expliquer le comportement de Trump (narcissisme malin, absence
totale d’empathie, mythomanie, égomanie, etc.) sont inadéquates pour expliquer
les faits décrits ci-dessus. Tout s’éclaire cependant si l’on élargit nos
horizons de recherche et que l’on accepte un autre point de vue sur ce
comportement.
En réalité, les événements récents survenus dans diverses régions du globe
– Israël/Palestine, Israël/Iran, Azerbaïdjan/Arménie, Malaisie/ Thaïlande,
Chine/Philippines, Chine/Taïwan, Syrie, Nigéria, Venezuela, etc., et même les
menaces d’intervention au Groenland – indiquent objectivement que les
États-Unis, sous la présidence de Trump, ne renoncent pas à leur position de
puissance hégémonique et s’efforcent, et continueront de s’efforcer, de la
conserver, malgré leur déclin industriel, technologique, scientifique, culturel
et même militaire sur la scène internationale.
Bien que Trump soit président d’un pays où deux grands partis s’affrontent,
porteurs de visions distinctes de la politique intérieure américaine, nous
constatons que les intérêts et les visions du complexe
politico-militaire-industriel-médiatique américain ne divergent pas quant à la
place qu’il attribue aux États-Unis dans le monde.
Ainsi, pour maintenir leur hégémonie, les États-Unis ont décidé d’assumer, sans
complexes et sans ménagement, le rôle de maîtres et de marshals de l’ensemble de l’hémisphère occidental
– leur priorité stratégique absolue. C’est en fortifiant leur position dans
l’hémisphère occidental, dont ils entendent traiter le territoire comme s’il
s’agissait de leur chasse gardée, que les États-Unis estiment être en mesure de
continuer à définir leur position extérieure et d’intervenir, le cas échéant,
dans d’autres régions du globe, afin d’éviter la perte de leur influence et des
fruits de leur exploitation et, par conséquent, d’atténuer leur déclin relatif
sur la scène internationale.
Telle est la pensée géopolitique actuelle de Donald Trump, incarnée dans le
document de la Stratégie de Sécurité Nationale (SSN) que nous avons déjà
cité.
L’Union
européenne et le Royaume-Uni entrent en frénésie
Ce repositionnement
stratégique des États-Unis lse heurte, de ce côté-ci de l’Atlantique, à des
sentiments de dépit et de ressentiment. Le chancelier Merz a déclaré lors du
congrès de l’Union chrétienne-sociale de Bavière (14-12-2025) :
« Les décennies de Pax Americana pour l’Europe et l’Allemagne sont pratiquement révolues pour nous. Elle n’existe plus telle que nous la connaissions. La nostalgie ne nous aidera pas, et je serais le dernier à céder à cette nostalgie. C’est la réalité ! Les Américains défendent désormais farouchement leurs intérêts. C'est pourquoi nous devons désormais défendre les nôtres ».
La Pax Americana (expression
latine signifiant « paix américaine »)
mentionnée par Merz fait référence à une période et à un ordre établi après la
Seconde Guerre mondiale, et sans détour après la fin de la ‘Guerre froide’, caractérisés
par la domination militaire, économique et diplomatique mondiale des
États-Unis, qui ont, en outre, assumé la majeure partie des dépenses et des
responsabilités de l’OTAN.
Méprisés par leur
protecteur, aujourd’hui représenté par Donald Trump (que le secrétaire général
de l’OTAN, Mark Rutte, appelle affectueusement ‘papa’),
l’Union Européenne et le Royaume-Uni sont entrés en frénésie. Le vide laissé
par le retrait et le repositionnement stratégique des États-Unis a été comblé
par une multitude pathétique de déclarations extravagantes et provocantes et
d’actions insensées de la part des dirigeants et des eurocrates européens et de
leurs coryphées militaires.
Le 1er novembre
2025, le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées françaises, a
déclaré devant le congrès de l’Association des maires français :
« Malheureusement, la Russie aujourd’hui, je le sais par les
éléments auxquels j’ai accès, se prépare à une confrontation à l’horizon 2030
avec nos pays. Elle s’organise pour ça, elle se prépare à ça et elle est
convaincue que son ennemi existentiel, c’est l’OTAN, c’est [sic] nos pays». /…/
« Et la Russie aujourd’hui est convaincue que les Européens
sont faibles. Elle en est convaincue. Et pourtant, et c’est là que j’aimerais
quand même vous dire tout l’optimisme qu’il faut avoir, pourtant, nous sommes
forts. Nous sommes fondamentalement forts. Nous sommes fondamentalement plus
forts que la Russie. /…/ On a tout le
savoir, toute la force économique, démographique, pour dissuader le régime de
Moscou, d’essayer de tenter sa chance plus loin. Ce qu’il nous manque, et c’est
là que vous avez un rôle majeur, c’est la force d’âme pour accepter de nous
faire mal pour protéger ce que l’on est. /…/
Si notre pays flanche, parce qu’il n’est
pas prêt à accepter de perdre ses enfants (parce qu’il faut dire les choses),
de souffrir économiquement (parce que les priorités iront à de la production de
défense, par exemple), si on n’est pas prêt à ça, alors on est en risque. Mais
je pense qu’on a la force d’âme».
Le 25 novembre
2025, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a
déclaré sur la plateforme X que la Russie se préparait à attaquer
l’OTAN. C’était la troisième fois ce mois-là que des responsables allemands
s'exprimaient sur un éventuel conflit avec la Russie dans les quatre prochaines
années.
« Poutine
a les yeux rivés sur l’UE et l’OTAN. Nos services secrets émettent des alertes
urgentes : au minimum, la Russie se donne les moyens d’entrer en guerre contre
l’OTAN d’ici 2029. Nous devons dissuader toute nouvelle agression russe, en
collaboration avec nos partenaires et alliés » /…/. « La menace que
représente la Russie pour notre pays n'est plus une préoccupation lointaine, c’est
désormais une réalité », a déclaré M. Wadephul.
Le 1er décembre
2025, l’amiral Giuseppe Cavo Dragone, président du Comité militaire de
l’OTAN, a déclaré au Financial Times : « Être plus
agressif ou proactif plutôt que réactif est une option que nous envisageons ».
L’amiral a ajouté qu’une « frappe préemptive »
contre la Russie pouvait être considérée comme une « action
défensive ».
Le président de la Russie, Vladimir Poutine, lui a répondu mot pour mot dans une interview le lendemain :
« Nous n’avons pas l’intention d’entrer en guerre contre
l’Europe. Je l’ai déjà dit des centaines de fois. Mais si l’Europe veut entrer
en guerre contre nous et déclencher soudainement une guerre contre nous, nous
sommes prêts. Il ne doit y avoir aucun doute à ce sujet ».
Il a ajouté une
vérité évidente pour ceux qui utilisent leur tête pour réfléchir et apprendre —
et pour ceux qui savent, en outre (comme on suppose que tous les chefs
militaires des États membres de l’OTAN le savent), que la Russie est la
première puissance nucléaire de la planète et qu’elle possède une panoplie de
missiles hypersoniques et à moyenne et longue portée (Avangard, Zircon, Kinzhal,
Oreshnik),
ainsi que d’autres super-armes (le missile balistique intercontinental Sarmat,
le missile de croisière intercontinental Burevestnik, à propulsion nucléaire, et le
drone sous-marin intercontinental Poseidon, à propulsion nucléaire) qu’ aucune
autre puissance nucléaire ne possède :
« La seule question est que si l’Europe déclenche soudainement
une guerre contre nous, je pense qu’elle [se terminera] très rapidement... L’Europe n’est pas l’Ukraine. En Ukraine,
nous agissons avec une précision chirurgicale. Vous comprenez mon point de vue,
n’est-ce pas ? Ce n’est pas une guerre au sens direct et moderne du terme. Si
l’Europe décidait soudainement de nous déclarer la guerre et le faisait
réellement, nous pourrions très vite nous retrouver dans une situation où nous
n’aurions plus personne avec qui négocier ».
Le 11 décembre
2025, Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, a décidé d’interpréter cet
avertissement sans équivoque de Poutine à l’OTAN de ne pas jouer avec le feu
(atomique) comme un préavis d’une attaque russe en préparation.
« Nous sommes la prochaine cible de la Russie. Et nous sommes
déjà en danger. La Russie a ramené la guerre en Europe, et nous devons nous
préparer à une guerre de la même ampleur que celle qu’ont connue nos
grands-parents et arrière-grands-parents. Imaginez : un conflit qui touche tous
les foyers, tous les lieux de travail, la destruction, la mobilisation de masse,
des millions de personnes déplacées, des souffrances généralisées et des pertes
extrêmes ».
Le 15 décembre
2025, le maréchal en chef de l’armée de l’air britannique et chef
d’état-major de la défense, Richard Nayton, a emboîté le pas à Rutte en
déclarant que toute la population du Royaume-Uni devait se préparer à entrer en
guerre contre la Russie.
« Fils et filles. Collègues. Anciens combattants /.../, vous aurez tous un rôle à jouer. Pour construire. Pour
servir. Et, si nécessaire, pour combattre. Et davantage de familles sauront ce
que signifie se sacrifier pour notre nation ».
Les objectifs de l’UE et du
Royaume-Uni et leurs effets secondaires
Ces déclarations des
hauts dignitaires civils et militaires de l’Union européenne (UE) et du
Royaume-Uni (RU) ne sont pas aussi absurdes ou délirantes qu’elles peuvent
paraître à première vue. « Il y a une méthode dans
leur folie », comme le disait Polonius dans Hamlet de Shakespeare.
Leur premier objectif
immédiat est d’intimider la population des pays européens membres de l’UE et de
l’OTAN, en agitant le spectre d’une menace fantaisiste d’invasion russe.
Leur deuxième
objectif immédiat est de justifier les dépenses colossales destinées à
satisfaire les intérêts du complexe militaro-industriel américain (CMIA) et du
complexe militaro-industriel européen (CMIE) — l’augmentation annuelle de 5 %
du PIB jusqu’en 2035 des dépenses militaires des États membres de l’OTAN et la
dépense de 800 milliards d’euros jusqu’en 2030 en dépenses militaires des États
membres de l’UE.
À titre subsidiaire,
ses promoteurs espèrent que la course aux armements dans l’UE et au Royaume-Uni
aura l’avantage de sortir les plus grandes économies de l’UE (Allemagne,
France, Italie) et le Royaume-Uni du marasme économique dans lequel ils se
trouvent en raison des effets boomerang des sanctions économiques qu’ils ont
décrétées contre la Russie et des droits de douane drastiques qui leur ont été
imposés par Donald Trump et que l’UE a docilement acceptés.
L’exaspération
impuissante de Merz, Macron, Starmer et des super-bureaucrates qui dirigent
l’UE (Ursula von der Leyen, António Costa, Kaja Kallas) face (i) au
retrait des États-Unis de la guerre en Ukraine, (ii) à la fin
concomitante en vue de cette guerre, (iii) l’implosion attendue ou, au
moins, (iv) la discréditation complète de l’OTAN (si l’annexion annoncée
du Groenland par les États-Unis – créateur, protecteur, mentor, commandant
suprême et principal financier de l’OTAN – est réalisée) est telle qu’ils sont
prêts à se tirer une balle dans le pied pour tenter de retarder l’heure de
vérité.
Ainsi, dans un geste apparemment audacieux, l’Union Européenne a décidé, le 11 décembre 2025, d’invoquer l’article 122 (« urgence économique ») du Traité sur le Fonctionnement de l’Union Européenne afin de geler indéfiniment les actifs de la Banque Centrale de Russie, d’une valeur de 210 milliards d’euros, sur tout le territoire de l’UE. « C’est un message fort adressé à l’Ukraine : nous voulons nous assurer que notre courageux voisin devienne encore plus fort sur le champ de bataille et à la table des négociations », a déclaré Ursula von der Leyen.
Il existe une autre
façon, diamétralement opposée, de qualifier cette décision. La Russie n’a
déclaré la guerre à aucun État membre de l’UE et n’est en guerre contre aucun
d’entre eux. Par conséquent, le gel sine die (qui est, en pratique, une
confiscation) des actifs souverains de la Banque Centrale de Russie constitue
une violation très grave et sans précédent du droit international public, en
particulier du principe de l’immunité souveraine (article 5 de la Convention des
Nations unies sur les immunités juridictionnelles, 2004).
Le Premier ministre
belge, Bart De Wever (qui ne peut être accusé de sympathies pour la Russie,
mais qui ne voulait pas voir son pays payer seul les conséquences d’une
décision insensée prise par la majorité de ses collègues) a contesté la
légalité et la rationalité de cette décision, ainsi que l’existence d’une
urgence économique qui la légitime. Il a déclaré sans détour :
« Il s’agit de l’argent d’un pays avec lequel nous ne sommes
pas en guerre. Ce serait comme entrer dans l’ambassade [de Russie], prendre tous les meubles et les vendre ».
Que veut donc l’UE en
bafouant ostensiblement un principe aussi fondamental du droit international
public ? Deux choses : l’une évidente, l’autre trompeuse.
La visée évidente : utiliser les actifs souverains de la Banque centrale de Russie comme garantie, dans un premier temps, d’un prêt de 90 milliards d’euros que l’UE contracterait auprès des institutions financières où ces actifs sont déposés. Ce prêt serait ensuite accordé sans intérêts à l’État ukrainien, afin de « le rendre encore plus fort sur le champ de bataille » — c’est-à-dire pour qu’il puisse poursuivre son effort de guerre en 2026 et 2027, jusqu’à l’épuisement total.
Le prêt à l’Ukraine ⎼ qui est en réalité un don, car l’Ukraine n'est pas tenue
de le rembourser si la Russie ne le reconnaît pas comme ‘réparations’ (ce qui n’arrivera jamais) ⎼ a été approuvé lors de la réunion du Conseil européen du
18 décembre 2025, mais la garantie basée sur les actifs de la Banque
centrale de Russie a été abandonnée, au moins temporairement, en raison, entre
autres, de l’opposition ouverte de la Belgique, de la Hongrie, de la Slovaquie
et de la République tchèque. Ce sont les autres États membres de l’UE (y
compris la Belgique) qui paieront, avec l’argent des contribuables, le prêt à
contracter auprès des marchés financiers, par le biais d’une nouvelle émission
de dette commune, en recourant au budget de l’UE.
La visée trompeuse :
garantir que le litige que la Russie a engagé simultanément dans 14
juridictions et qu’elle maintiendra longtemps contre les principaux organes de
l’UE afin de récupérer ses fonds, constitue une assurance contre la
normalisation à court ou moyen terme des relations entre la Russie et l’UE.
L’effet secondaire de
ces deux objectifs est, toutefois, contraire à ceux-ci. L’UE, qui aime se
présenter comme une puissance normative, un phare du capitalisme mondialisé et
de « l’ordre international fondé sur des règles
», envoie un message clair au reste du monde :
« Votre argent est le bienvenu dans les banques des pays de
l'Union européenne, à condition que le déposant pense et agisse comme nous...»
La neutralité financière, autrefois pilier du système, devient désormais conditionnelle. Il s’agit d'un changement essentiel que les banques centrales des pays BRICS et d’autres pays non alignés apprécieront certainement, en se tenant à distance de sécurité ou en la créant sans délai.
La haine viscérale de la liberté de
pensée, d’expression et de circulation
Mais la frénésie et
l’exaspération de l’UE et du Royaume-Uni face à la perspective d’un échec
complet de leur ligne de conduite concernant la guerre en Ukraine – d’autant
plus que leur mentor (les États-Unis) s’en lave désormais les mains comme
Pilate – se sont manifestées de manière encore plus claire et scandaleuse dans
leur attaque perverse contre les libertés fondamentales. En 2022, le Conseil
européen a interdit (sans en avoir le pouvoir légal) tous les médias russes et
a sévèrement restreint la liberté d'action des journalistes russes au sein de l’UE,
une caractéristique des régimes répressifs et tyranniques.
L’exemple le plus
récent de cette attaque a été les décisions prises par le Conseil (des
affaires étrangères) de l’Union Européenne, réuni le 15 décembre 2025
à Bruxelles sous la présidence de Kaja Kallas, en présence des ministres des
affaires étrangères de tous les États membres de l’UE. Dans le plus pur style
de la campagne de « chasse aux sorcières »
menée par le sénateur américain Joseph McCarthy au plus fort de la ‘Guerre Froide’
(fin des années 1940 à milieu des années 1950), ce Conseil de l’Union
Européenne a décidé de lancer, sans aucune base judiciaire, une campagne
d’intimidation, de persécution et de répression des voix critiques à l’égard de
la russophobie endémique et de la politique belliciste de l’UE et de la « coalition des volontaires », élaborant à cet effet
une ‘liste noire’ d’ennemis à punir par des ‘sanctions’ de diverses natures — gel des comptes
bancaires, annulation des cartes de crédit et de débit, interdiction d’entrer
dans l’UE ou d’en sortir, ou de se déplacer d’un pays à l’autre à l’intérieur
de celle-ci, ou de survoler son espace aérien pour se rendre dans un autre
pays.
La plupart des
personnes et des organisations figurant sur cette ‘liste
noire’ sont russes, résident en Russie et sont accusées de faire la
propagande des thèses et des points de vue russes sur la guerre en Ukraine.
Pour évaluer la
portée de ce fait, imaginez que le Conseil de la Fédération de Russie
dresse une ‘liste noire’ de citoyens des
États membres de l’UE, les accusant d’être des propagandistes des thèses et des
points de vue de l’Union Européenne. Un choeur indigné s’élèverait
immédiatement pour dénoncer le « totalitarisme russe »
et l’« autocratie russe », qui « veulent tout étouffer et tout contrôler ». Mais si
c’est le Conseil de l’Union Européenne qui fait la même chose à l’égard
de la Russie, comme il vient de le faire, alors tout est parfaitement normal et
conforme aux « valeurs européennes ».
L’UE a toutefois
franchi une nouvelle étape dans son cheminement sur un terrain glissant. À partir de maintenant, leur ‘liste noire’
– qui comprenait déjà les journalistes allemands Hüseyin Doğrum [depuis le 20
mai 2024], Alina Lipp et Thomas Röper [depuis le 20 mai 2025], et la
consultante en communication suisse Nathalie Yamb [depuis le 25 juin 2025] –
comprendra également d’autres citoyens de diverses nationalités (ukrainienne,
suisse, américaine et française) accusés d’avoir commis le crime de
lèse-majesté en exprimant des opinions contraires à celles des organes
directeurs de l’UE sur Gaza (Doğrum), sur l’Afrique (Yamb), sur l’Ukraine
(Lipp, Röper), etc.
Parmi eux figure, par
exemple, le citoyen suisse Jacques Baud, auteur de quatre livres indispensables
pour comprendre les guerres en Ukraine — livres que, manifestement, les
dirigeants de l’UE aimeraient brûler dans un autodafé ou faire disparaître dans
un « trou de mémoire » du « Ministère de la Vérité » imaginé par George Orwell
dans son roman prémonitoire Mil Neuf Cent Quatre Vingt-quatre. Hüseyin Doğrum,
Alina Lipp, Thomas Röpe, Jacques Baud, Nathalie Yamb, Xavier Moreau (francês) et
d’autres ont été punis, de manière extrajudiciaire, par le Conseil de l’Union
Européenne, avec des ‘sanctions’ qui équivalent
à une « peine de mort socio-économique et à un
effacement civil », comme les a qualifiées, à juste titre, Nathalie Yamb
Cependant, le revers
de la médaille de cet épisode orwellien est de bon augure. En effet, on peut en
déduire que Mme Kaja Kallas et les ministres des Affaires Étrangères de l’UE
n’ont jamais entendu parler de l’effet Streisand,
qui pourrait finir par les submerger.
Une dernière remarque
: l’instabilité causée par les dérives de l’UE et du Royaume-Uni, ainsi que
l’aventurisme de certains secteurs du complexe politico-militaire-industriel-médiatique
américain, y compris celui de Trump, créent des conditions propices à des
actions provocatrices incontrôlées aux conséquences imprévisibles et
indésirables.
La voie vers la paix
Dans ce contexte, la
pertinence des mesures visant à garantir la paix, telles que préconisées dans
le document fondateur de la Conférence Européenne et Citoyenne pour la paix en
Ukraine, en Russie et en Europe, qui s'est réunie à Lisbonne le 22
novembre 2025, se trouve renforcée.
●Mesures
prioritaires et les plus urgentes
Les mesures
prioritaires et les plus urgentes qui s’imposent sont les suivantes :
● Neutralité militaire permanente de l’Ukraine inscrite
dans sa Constitution. Renonciation de l’Ukraine à son objectif d’adhésion à
l’OTAN (/NATO), avec abrogation des articles de la Constitution ukrainienne qui
expriment cet objectif (articles 85[5], 102, 116 [1]).
● Reconnaissance du droit à l’autodétermination (consacré
à l’article 1, paragraphe 2, aux articles 55 et 73 de la Charte des Nations
Unies et à l’article 1 du Pacte international relatif aux droits Civils
et Politiques), sous ses différentes formes (autonomie ethnique
transterritoriale, autonomie ethnique régionale, fédéralisme, sécession,
intégration volontaire dans un autre pays), de la population de Crimée et des
populations des oblasti de l’est et du
sud de l’Ukraine qui se sentent plus russes qu’ukrainiennes et qui ont exprimé
(ou expriment) librement leur volonté par le biais de référendums.
● Garanties juridiques protégeant le russe en tant que
langue co-officielle de l’Ukraine et les droits culturels (y compris la liberté
religieuse) des Ukrainiens russophones (52 % de la population ukrainienne),
ainsi que les droits culturels des Ukrainiens parlant des langues minoritaires
(par exemple, le hongrois et le roumain).
● Garanties juridiques de sécurité mutuelle pour
l’Ukraine et la Russie, comprenant
― l’obligation pour l’Ukraine de ne pas autoriser la
fabrication, la réception, le transit et le stationnement d’armes nucléaires et
d’autres armes de destruction massive sur son territoire.
― l’obligation pour l’Ukraine et la Russie de ne pas
autoriser l’installation de bases militaires et la présence de contingents
militaires étrangers sur leurs territoires respectifs.
● Fin de toutes les ‘sanctions’ décrétées contre la
Russie, y compris :
― l’interdiction de diffusion des médias (RT, Sputnik,
etc.) dans l’espace de l’UE ;
― l’interdiction des visas et des voyages dans l’UE,
l’espace Schengen, le Royaume-Uni (RU) et l’Irlande ;
― l’interdiction de participation des citoyens russes à
des événements sportifs et culturels ;
― les restrictions aux importations et exportations
économiques ;
― le gel sine die des actifs souverains de la
Banque centrale de Russie ;
pour un total de plus
de 26 665 ‘sanctions’ (!) ‒ 2 695 ‘sanctions’ entre le 17 mars 2014 et le 22
février 2022, plus 23 960 entre le 22 février 2022 et le 15 août 2025 ‒ qui ont
été imposées à la Russie par la Suisse (4 029), l’UE (2 782), la France (2 711),
le Royaume-Uni (2 333), en Europe ; et par les États-Unis (7 392), le Canada (4
176), l’Australie (1 791) et le Japon (1 441) hors d’Europe.
● Création d’une commission
vérité et réconciliation sur le modèle de celles qui ont donné des résultats si satisfaisants en
Afrique du Sud après l’apartheid et au Timor oriental après
l’indépendance.
Cette commission indépendante pourrait commencer son
travail immédiatement après la signature de l’accord de paix, en entendant les
plaintes (de toutes les parties) pour violation des droits humains depuis 2014,
indépendamment des procédures d’enquête médico-légale menant aux procès pour
crimes de guerre, qui seront nécessairement très longues.
● Les procès pour crimes de guerre devraient être
organisés par les États concernés, comme l’a suggéré l’éminent juriste Alfred
de Zayas.
Cela signifie que les
procès pour crimes de guerre présumés commis par des Russes devraient être
organisés par des tribunaux russes et que les procès pour crimes de guerre
présumés commis par des Ukrainiens devraient être organisés par des tribunaux
ukrainiens.
Voici les sept
mesures prioritaires et les plus urgentes nécessaires pour parvenir à un accord
de paix durable en Ukraine et en Russie.
●Mesures à moyen terme
Pour instaurer une
paix durable en Europe, il est nécessaire de définir, de débattre et
d’approuver une nouvelle architecture de coopération et de sécurité européenne qui englobe tous les pays d’Europe (y compris la
Russie) et qui respecte scrupuleusement le principe
de l’indivisibilité
de la
sécurité internationale : la
notion selon laquelle la sécurité internationale est interdépendante,
c’est-à-dire qu’il ne peut y avoir de sécurité pour certains pays sans la
sécurité des autres, ou au détriment de leur sécurité.
Cette architecture
doit inclure les mesures suivantes visant à instaurer et à développer la
confiance :
● Élimination de toutes les armes nucléaires des
États-Unis et de la Russie (et de toutes les infrastructures existantes pour
leur utilisation) en dehors de leurs territoires nationaux respectifs — comme
c’est le cas des bases aériennes de l’OTAN (/NATO) en Europe qui abritent des ogives
nucléaires américaines : Incirlik (Turquie) ; Aviano
et Ghedi-Torre (Italie) ;
Kleine
Brogel (Belgique)
; Büchel (Allemagne), Volkel (Pays-Bas), ainsi que les bases aériennes qui
abritent les ogives nucléaires que la Russie a déployées en Biélorussie dans le
cadre de l’Organisation du Traité de Sécurité
Collective (OTSC).
● Éradication de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en Europe ‒ par dénonciation/retrait de son traité (prévu à son article 13) par ses pays membres européens – soit (i) par dénonciation simultanée de tous, soit (ii) par dénonciation/retrait individuel successif de ses pays membres européens, ou (iii) par la dénonciation/le retrait concerté de groupes successifs de ses pays membres européens ou (iv) par une combinaison de (ii) et (iii) et Éradication (concomitante à l’éradication de l’OTAN du continent européen) de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC) en Europe par la dénonciation/le retrait de son traité (prévu à son article 11) par ses pays membres européens — Russie, Biélorussie, Arménie (+ Serbie en tant que membre observateur).
●Mesures à long terme
Ces mesures à moyen
terme sont, à leur tour, celles qui ouvrent la voie à la fin des armes
nucléaires, condition nécessaire pour prévenir une apocalypse nucléaire, ce qui
exige :
● l’interdiction de concevoir, tester, produire, fabriquer, acquérir, posséder ou stocker des armes nucléaires ou autres dispositifs explosifs nucléaires, comme le prévoit l’article 1er du Traité sur l’Interdiction des Armes Nucléaires (TPAN), approuvé par l’Assemblée générale des Nations Unies le 4 décembre 2017.
| Estimations du nombre d’ogives nucléaires détenues par les 9 puissances nucléaires en 2025.Source: SIPRI, 2025, via Federation of American Scientists, 2025. |
Inventaire estimatif de l'état functionel des armes nucléaires existantes. Source : Hans M. Kristensen, Matt Korda, Eliana Johns et Mackenzie Knight-Boyle, American Federation of Scientists, 2025.[n.a. = non disponible (nombre non disponible)] |
Il convient de
rappeler que le TPAN a été signé à ce jour par 93 pays, dont 70 l’ont déjà
ratifié. Les pays qui l’ont ratifié sont, pour la plupart, situés en Asie, en
Afrique et en Amérique latine, et ne sont pas des puissances nucléaires. Sur
les 32 pays membres de l’OTAN ‒ y compris donc les États-Unis, la France et le
Royaume-Uni, qui possèdent des armes nucléaires, et les 22 pays de l’UE qui
sont également membres de l’OTAN ‒ aucun n’a signé et ratifié le traité. Cela
montre bien que cette organisation est une alliance nucléaire très soucieuse de
son pouvoir de destruction.
● Le démantèlement simultané et mutuellement contrôlé
(par des inspecteurs de toutes les parties concernées) de l’arsenal nucléaire
de la Russie, des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni et des autres
puissances nucléaires : Chine, Inde, Pakistan, Israël, Corée du Nord.
| Fondé en 1945 par Albert Einstein, J. Robert Oppenheimer et des scientifiques de l’Université de Chicago ayant participé au développement des premières armes atomiques dans le cadre du projet Manhattan, le Bulletin of the Atomic Scientists a créé l’Horloge de l’Apocalypse deux ans plus tard. Utilisant l’image biblique de l’Apocalypse (minuit) et le langage contemporain de l’explosion nucléaire (compte à rebours jusqu’à zéro), l’Horloge de l’Apocalypse symbolise les menaces qui pèsent sur l’humanité. L’Horloge de l’Apocalypse est réglée chaque année par le Conseil scientifique et de sécurité du Bulletin, en consultation avec son Conseil des mécènes, qui compte huit lauréats du prix Nobel. Le 27 janvier 2026, elle affichait 85 secondes avant minuit, soit 4 secondes de moins qu'en 2025, le pire résultat depuis sa création. Source: Bulletin of the Atomic Scientists |
Le
principe à appliquer dans cette tâche est très simple et a déjà fait ses
preuves : « Faire confiance, mais vérifier ».
La tâche est colossale, mais réalisable, comme l’a démontré le Traité sur
les Forces nucléaires à Portée Intermédiaire, conclu entre l’Union
soviétique (puis la Russie, l’État successeur) et les États-Unis en 1987,
également connu sous le nom de Traité FNI (Forces
Nucléaires Intermédiaires) ou Traité INF (Intermediate-Range
Nuclear Forces), qui a duré jusqu’en 2019, date à laquelle il a été dénoncé par
les États-Unis.
| Puissance destructrice comparée des armes nucléaires russes et américaines actuelles avec celle de la bombe atomique larguée sur Hiroshima. Source : Professeur Ivana Hughes (Columbia University, EUA) & Professeur Steven Starr (University of Missouri, EUA) par l’intermédiaire de Neutrality Studies, 17 de Janeiro 2026 |
Le traité FNI
prévoyait la destruction des missiles nucléaires d’une portée comprise entre
500 et 5 500 kilomètres en trois ans. Et cela a été fait avec succès. Au total,
2 692 missiles ont été détruits avant 1991, soit la quasi-totalité des missiles
nucléaires à portée intermédiaire et un peu plus de 4 % de l’arsenal nucléaire
total des deux pays en 1987. L’une des innovations du traité FNI a été
l’adoption de procédures de vérification mutuelle de la destruction des armes
nucléaires par des inspecteurs de chaque pays.
.
| Première image : effets destructeurs de la boule de feu provoquée par l’explosion d’une bombe nucléaire de 800 kilotonnes. Deuxième image : les aides de camp qui accompagnent en permanence les présidents russe et américain dans leurs déplacements, portant les mallettes noires qui leur permettent de communiquer et d’autoriser une attaque nucléaire. Source : Professeur Ivana Hughes (Columbia University, EUA) & Professeur Steven Starr (University of Missouri, EUA), par l’intermédiaire de Neutrality Studies, 17 de Janeiro 2026. |
Un
véritable système de sécurité et de paix ne sera pas établi sur Terre tant que,
au minimum, les traités de désarmement nucléaire n’auront pas été signés et
ratifiés par tous les États dotés d’armes nucléaires et que les armes
nucléaires n’auront pas été définitivement éradiquées.
…………………………………………………………………………
Signataires de cette déclaration
(par ordre alphabétique de nom de famille) :
● Jorge
Aires (Portugal) : Général de division de l’armée de l’air (er)
● José
Manuel Baptista Alves (Portugal) : Colonel de l’Armée de l’Air (er),
ingénieur, militaire d’avril [*]
● João
Sousa Andrade (Portugal) : Économiste, professeur d’université, chercheur
●Ana
Laura M. V. Araújo (Portugal) : Germaniste, professeur de l’enseignement
supérieur polytechnique
● António
Miguel Avelãs (Portugal) : Professeur du sécondaire, ancien président du
Syndicat des enseignants du Grand Lisbonne (SPGL)
● Patrik
Baab (Allemagne) : Journaliste, professeur d’université
● Francisco
Balsinha (Portugal) : Journaliste, militant pour les droits de l’homme et
le peuple palestinien.
● Carlos
Branco (Portugal) : Général de division de l’armée, expert en résolution de
conflits
● Manuel
Begonha (Portugal) : Capitaine de vaisseau (er), militaire d’avril
●Jean
Bricmont (Belgique) : Physicien théoricien, philosophe, professeur d’université
● Isabelle
Casel (Allemagne) : Artiste indépendante, militante pour la paix,
conseillère
● Luís Alfaro Cardoso
(Portugal) : Vétérinaire, chercheur, professeur d’université
● José Roberto Tinoco Cavalheiro (Portugal) : Ingénieur de matériaux, professeur d’université, chercheur
● Pedro Júlio de Pezarat Correia (Portugal) : Général de division de l’armée (er), professeur d’université (retr.), militaire d’avril [*] (service actif).
● Alain
Corvez (France) : Colonel de l’armée (er), conseiller en stratégie
internationale
● Raul
Luís Cunha (Portugal) : Général de division de l’armée (er), historien
● Hugo
Dionísio (Portugal) : Avocat, chercheur indépendant
● Jean-Christophe
Emmeneger (Suisse) : Ancien journaliste, chercheur spécialisé en histoire
des services de renseignement, écrivain-voyageur
● Paulo Aníbal de
Oliveira Fidalgo (Portugal): Médecin, gastro-entérologue
● Júlio Manuel Dias
Gomes (Portugal): Économiste, professeur d’université
● Ulrike
Guérot (Allemagne) : Philosophe politique, militante pour la paix,
professeur d’université
● Manuel
Martins Guerreiro (Portugal): Contre-amiral (er) de la Marine, militaire
d’avril
● Jacques
Hogard (France) : Colonel de l’armée (er), historien, consultant en
géopolitique
● Cipriano
Justo (Portugal): Médecin, professeur d’université
● Augusto Küttner (Portugal) : Directeur des ressources humaines
● Manuel Soares Leitão
(Portugal): Producteur culturel
● Luís M. Loureiro
(Portugal): Journaliste, professeur d’université
● Albino Matos
(Portugal): juriste
● Guy
Mettan (Suisse) : Journaliste, chroniqueur, député, historien
● José
Manuel Costa Neves (Portugal) : Général de division de l’armée de l’air (er),
militaire d’avril
● Fernando
Oliveira (Portugal): Ingénieur chimiste, traducteur-interprète de
conférence
● Rui
Pereira (Portugal): Ex-journaliste, professeur d’université
● Rui
Manuel Vaz Pinto (Portugal): Économiste, libraire, éditeur
● João
Luís B. Pena dos Reis (Portugal) : Procureur général adjoint (retr.) du
ministère public
● Fabrice Saint-Pol
(France): Capitaine de corvette de réserve (Commandant), Marine Nationale, ingénieur
civil
● Richard
Sakwa (Royaume-Uni) : Politologue, historien, professeur d’université
● José
Aranda da Silva (Portugal) : Colonel de l’armée (er), pharmacien,
professeur d’université, militaire d’avril
● José
Catarino Soares (Portugal) : Linguiste, professeur de l’ enseignement
supérieur polytechnique.
● Luís
Souta (Portugal) : Anthropologue, professeur de l’enseignement
supérieur polytechnique, écrivain
● Harald
Walach (Allemagne) : psychologue, philosophe, professeur d’université.
● Alfred-Maurice
de Zayas (Suisse) : Juriste, professeur d’université [**]
-------------------------------------------------------------------------------------
[*] L’appellation « militaire d’Avril
» fait référence, de manière sobre et objective, aux officiers
militaires responsables du renversement du régime fasciste de Salazar-Caetano
le 25 avril 1974. C’est interchangeable avec l’appellation « capitaine d’Avril », car la grande majorité de ces
militaires était, à l'époque, composée de capitaines.
[**] Alfred-Maurice de Zayas s’est présenté comme suit
lors de la signature de la Déclaration :
« Je suis un ancien expert indépendant des Nations Unies pour
l’Ordre International (2012-2018), ancien juriste principal au
Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, professeur invité
dans de nombreuses universités aux États-Unis, au Canada, en Irlande, en
Allemagne, en Espagne et en Suisse, et actuellement professeur de droit
international à l’École de Diplomatie de Genève. La devise de la paix de
Westphalie était « Pax optima rerum » [La
paix est le plus grand des biens] : les États-Unis, l’OTAN
et les États membres de l’UE doivent reconnaître leur responsabilité dans le
déclenchement de cette guerre. Un modus vivendi doit être trouvé qui
garantisse la sécurité nationale de tous les pays et l’autodétermination de
tous les peuples ».
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